Faites du bruit, on tourne !

Fabriquez votre vidéo militante

Le développement des outils de vidéo (appareils photos numériques, téléphones portables) et la diffusion massive par Internet  permettent aujourd’hui de produire très facilement des films de bonne qualité. Grâce aux outils disponibles facilement de montages et de diffusions, il est possible aujourd’hui d’avoir une « audience » pour une vidéo et de toucher autrement que par l’écrit.

Pourquoi faut-il développer la fabrication et l’utilisation militantes de la vidéo ?

Militant syndicaliste depuis le début des années 2000, j’ai eu l’occasion d’utiliser la plupart des outils disponibles pour diffuser de l’information, des idées, des slogans : du tract en passant par l’affichette, le t-shirt, l’autocollant ou le flyer… Pas que ces outils soient inefficaces, mais ils ne prennent pas toujours en compte certains problèmes : aspect rébarbatif pour ne pas dire austère de certains supports « classiques »,  coût important pour les produire et les diffuser (en temps, en arbres…), difficulté de toucher des personnes qui ne seraient pas à proximité et/ou qui ne maîtrisent pas bien ou plus l’écrit (j’habite et je milite beaucoup en Seine-Saint-Denis, département dans le peloton de tête de l’illettrisme et de l’analphabétisme), développement de pratiques nouvelles, en particulier dans la jeunesse, avec le développement de l’équipement en téléphones portables connectés au web. La liste n’est évidemment pas exhaustive. Avec internet, un nouvel espace s’est développé permettant de toucher des personnes de façon différente. Je me suis rapidement intéressé au développement de sites internet puis de blogs.   Et puis la vidéo, c’est un support. Sur le fond ça peut permettre de faire des tracts (attention quand même à trouver une forme appropriée !), ça permet d’informer, de mobiliser, de porter une dynamique, de dénoncer, de faire réagir, de témoigner, de garder des traces visuelles et sonores des mobilisations… Au delà de la technique, la seule limite c’est l’imagination (et quelques moyens) !

 En parallèle, dans mon syndicat, Solidaires, nous sommes rendus compte collectivement que les réactionnaires de tout poil, l’extrême-droite radicale en particulier, utilisent de plus en plus les outils vidéos sur internet (il suffit de voir l’impact de Soral ou de Dieudonné par ce média). Pas question de leur laisser ce terrain !

 J’ai commencé vers 2008 à faire des petits montages vidéos avec les moyens du bord. Avant de continuer, clarifions plusieurs choses : je n’ai pas la prétention de penser avoir fait des films  « inoubliables » ou  « géniaux ». Juste d’avoir ajouté une corde de plus à l’arc des moyens d’informations, de conscientisation, de mobilisation… De même, l’intérêt de la vidéo est relativement partagé, mais peut paraître pour pas mal de camarades un supplément d’âme (ça fait joli/jeune/cool, au choix) mais qui est complexe techniquement… Tout cela, je ne le pense pas. On peut aujourd’hui facilement faire des vidéos. Par  « facile » j’entends sans beaucoup d’effets ajoutés (transitions, noms, effets spéciaux…). Par contre ce qui est certain c’est que c’est trop souvent un travail individuel, qui manque d’élaboration collective. Ce point a son importance si on veut faire des vidéos qui collent aux réalités d’une lutte collective, si on veut faire des choses intéressantes, drôles, décalées mais pertinentes. Et ça c’est vrai, ça demande un peu de temps, de brainstorming, de préparation en amont. Or, on se trouve trop souvent dans des situations d’urgences…

Maintenant, place aux travaux pratiques…

Comment réaliser et diffuser une vidéo militante ?

 Première étape : le matériel

Qui dit film numérique, dit matériel numérique. Pour filmer, on peut travailler à partir d’un matériel très  « basique ». Deux critères sont à retenir au delà de la qualité de l’image : le format et le son. Pour le format, c’est-à-dire la  « taille » dans laquelle le film va être tournée, il faut aujourd’hui privilégier le HD et le full-HD. C’est un paramètre par défaut sur nombre de téléphones portables et d’appareils photos. Au niveau du son, il faut faire des tests avec le matériel pour voir la façon dont les bruits alentours et le vent parasitent ou non le film. C’est dommage de faire une interview de quelqu’un-e et de se retrouver avec des images avec un grésillement en fond…

Personnellement j’utilise un appareil photo numérique (Sony DSC-HX20v) que j’ai toujours sur moi et une caméra (Sony Handycam HDR-CX160) pour les films que je prépare. Pour commencer, pas besoin de dépenser des milliers d’euros : on peut utiliser du matériel de base autour de 100 euros (pour les appareils photos), de 250-300 euros (pour les caméras).

L’avantage que j’ai trouvé à utiliser une caméra (après des années à l’appareil photo) c’est le confort pour filmer (stabilité), l’importance du zoom, le choix des formats de numérisation, la meilleure qualité de son (et le branchement possible d’un micro par exemple) et la meilleure compression des fichiers (ils prennent moins de poids en mémoire, ce qui signifie un gain de temps au montage avec mon ordinateur).

Justement, question matériel, il faut un ordinateur pour pouvoir monter le film (c’est à dire découper des bouts de films, les coller dans l’ordre souhaité, ajouter des titres, du son…). Il vaut mieux avoir un ordinateur récent avec pas mal de mémoire vive, la RAM d’un ordinateur (le logiciel tournera plus vite). Pour autant, mon PC est un modèle de base à 400 euros, et je m’en sors pas trop mal. La différence de matériel, entre du récent performant et du plus vieux a surtout des conséquence sur le temps de montage (l’ordinateur analyse plus ou moins vite) et sur le temps de conversion (le moment à la fin du montage où l’on convertit le fichier travaillé pour obtenir le fichier final du film qui sera diffusé).

 Ensuite, préparer le film

Si possible, c’est bien de préparer son film. Je dis ça mais j’ai rarement pu le faire. On est bien souvent dans l’urgence. Préparer, ça peut vouloir dire  « écrire une histoire » (on n’est pas obligé de filmer que des manifs) et essayer de la réaliser. C’est là qu’on peut mettre en place quelque chose de plus explicatif, de pédagogique. C’est une étape qui peut se faire à plusieurs : ça donne plus d’idées, ça permet de tester le discours (si on veut par exemple essayer d’être drôle…).

Deux exemples de vidéos intéressantes sur une lutte actuelle. Il s’agit de films sur la lutte pour sauver la maternité des Lilas (voir le site du collectif ). Ou comment utiliser un tube (Papaoutai de Stromae) et une référence de la campagne présidentielle de 2012 pour porter différemment un message:

Penser à recharger les batteries (une de rechange ça peut être utile), à vider les cartes mémoires… Et c’est parti !

Là, on tourne

Il faut filmer, filmer et re-filmer. Et ne pas hésiter à refaire plusieurs fois le même plan. Il faut filmer une vingtaine de minutes pour faire un film de 3-4 mn, sauf à faire directement des plans parfaits… Assez rapidement on va avoir des idées de séquences qui peuvent servir. Par exemple si c’est pour faire un compte-rendu visuel d’une manifestation, on va chercher à faire des plans différents, entre du très près (gros plan) et des plans plus larges. Attention : il s’agit de filmer y compris pour diffuser : pas la peine de faire des gros plan sur les têtes des camarades qui pourraient ensuite être facilement identifiés, par exemple dans une manif antifasciste…

En faire un film

C’est le début de l’aboutissement, et c’est aussi presque le plus long. Il faut compter pas loin d’une heure pour une minute de film (du moins au début). Attention : sur internet, il vaut mieux essayer de faire des films courts et pugnaces que des films à rallonge et ennuyeux. Même si ce n’est pas toujours évident, 3 minutes ça paraît une bonne limite.

Question logiciel il ne faut pas avoir peur : en général c’est assez simple et intuitif. On peut en trouver pas mal en téléchargement qui ne sont pas payant.

À penser également : on peut ajouter du son (bon je passe sur les questions de droits d’auteur, je fais ça assez à l’arrache. Attention toutefois, les sites de diffusions sur internet vont demander si vous êtes titulaire des droits en images et en son…).

Concernant les effets (par exemple les « transitions »…) : plus vous allez en ajouter plus le film sera « lourd » (en méga-octets). À utiliser avec parcimonie si votre matériel informatique n’est pas du dernier cri.

Une fois le montage effectué, il reste à exporter le fichier dans un format facilement utilisable par les lecteurs vidéos et les sites de diffusion en ligne. Moi j’utilise du .mp4 après avoir longtemps travaillé en .avi …

Et c’est parti pour la diffusion

Maintenant vous n’avez plus qu’à créer des comptes sur les sites internet de diffusion de vidéos (il y en a plein, les plus connus : youtube, dailymotion, wat…) et à charger votre vidéo.

Attention : choisissez un titre parlant et des mots-clés pertinents pour faire en sorte qu’on trouve votre vidéo dans le flot ininterrompu de « petits chats qui font un regard de côté », de « saut en surf d’un hélicoptère » et autres vidéos qui font le buzzzzz.

Pour finir, quelques exemples de vidéos

– les Vendredis de la Colère, une mobilisation de salariées à la marie de Saint-Denis au printemps 2013 :


Les VENDREDIS de la COLERE à la mairie de Saint… par SolidairesSaintdenis

– Un bilan de la Marche pour l’emploi en Seine-Saint-Denis en janvier 2013 (un peu trop long le film…) :


17-01-13 : Marche pour l’emploi dans le 93… par SolidairesSaintdenis

– La manifestation pour l’emploi organisée par l’union syndicale Solidaires  en mars 2012


Manifestation nationale pour l’emploi 24 mars… par SolidairesSaintdenis

En bonus une référence drôle : celle du (défunt) club anarcho-droitier du NPA qui a fait une analyse et donne quelques conseils concernant la vidéo militante (sur une logique quand même « semi-pro » au niveau du matériel…). C’est bien fait.

 Simon

   

Commentaires fermés

Répression syndicale

 

Ces lobbys qui nous pourrissent la vie !

 

Essais

 

Luttes des classes en Europe