« Des visages et des gestes au travail »

Des Lejaby aux Atelières

Des anciennes ouvrières de Lejaby, licenciées, montent une coopérative et revendiquent leur savoir-faire.

Elles font l’objet d’un documentaire intitulé Chansons de gestes.

Tout a été très vite. En une semaine, « Les Atelières », parmi lesquelles 5 anciennes de Lejaby, ont annoncé leur liquidation faute de financement avant de rencontrer le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, ce qui semblerait avoir permis de relancer la machine, sous conditions[1]. Ces anciennes de Lejaby n’en sont pas à leur premier coup dur et c’est l’occasion de revenir sur les « plans sociaux » à répétition contre lesquels se sont battues les Lejaby depuis le début des années 2000 avant de s’intéresser aux Atelières.

Retour sur les mobilisations des Lejaby

En effet, depuis plus de dix ans, la société Lejaby a cherché à se débarrasser de ses sites français, délocalisant la production au Maghreb, entre autres, comme le font bon nombre d’entreprises dans la lingerie, en particulier haut-de-gamme. C’est en 2003 que les premiers licenciements des Lejaby sont annoncés. Malgré la mobilisation des ouvrières, quatre sites ferment alors : Beynost, Firminy (Loire), Vienne (Isère) et l’atelier de production situé dans le siège de la société, à Rillieux-la-Pape (Rhône). En 2010, 197 emplois sont menacés et trois sites sur les quatre restants sont susceptibles de fermer. Les ouvrières décident alors d’occuper le siège de l’entreprise pendant près de quinze jours. Si elles n’obtiennent pas gain de cause, la prime substantielle qui résulte de leur mobilisation les convainc de cesser. Enfin, en 2012, Alain Prost rachète la société Lejaby pour l’euro symbolique et décide de la fermeture du dernier site de l’entreprise encore en activité à Yssingeaux. En pleine campagne présidentielle, les ouvrières bénéficient du soutien de Laurent Wauquiez et d’Arnaud Montebourg qui se rendent sur place : elles finissent même par être reçues à l’Elysée ce qui leur permet d’être rachetées par Louis Vuitton.

Qui sont « Les Atelières » ?

En 2013, quelques anciennes de Lejaby de Rillieux-la-pape décident de se lancer dans un projet de coopérative, en l’occurrence, une Société Coopérative d’intérêt Collectif (SCIC), rappelant un peu le projet avorté de reprise de Starissima filmé par Mariana Otéro dans Entre nos mains, sorti en 2011. Soutenues par Muriel Pernin,  dirigeante d’une entreprise en communication, elles décident ensemble de constituer un nouvel atelier produisant de la lingerie, non plus haut-de-gamme, mais de luxe, espérant ainsi obtenir une marge suffisante permettant de pérenniser le projet. Elles mettent en avant leur projet en insistant sur le « savoir-faire » français qu’elles cherchent à sauvegarder, comme en témoignent les couleurs de leur site[2]. Après avoir proposé à d’autres anciennes ouvrières de Lejaby restées sur le carreau, elles embauchent alors une vingtaine de personnes tandis que le carnet de commande se remplit, en particulier grâce à la nouvelle société Maison Lejaby nouvellement créée par Alain Prost.

Le contexte posé, le film Chansons de geste, réalisé par Gaetan Bigerelle revient par l’intermédiaire de Janine Caillot sur les gestes des salarié-e-s au travail, le « savoir-faire » nécessaire à la fabrication de ce « beau produit » et les évolutions du travail chez Lejaby, sur fond d’image des « Atelières ».

Fanny Gallot

[1] http://www.humanite.fr/social-eco/un-avenir-moins-decousu-pour-les-atelieres-ex-leja-560635

[2] http://www.lesatelieres.fr/

   

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