Il faut acquitter Pinar Selek

Aujourd’hui a lieu à Istanbul un énième épisode du procès kafkaïen qui oppose la sociologue féministe Pinar Selek à l’Etat profond turc et à ses basses manoeuvres. Apportons tout notre soutien à Pinar Selek !

Aujourd’hui se tient à Ankara un nouveau procès en appel de la sociologue et écrivaine qui vit en exil dans notre pays. Alors qu’une délégation nombreuse venue de France est attendue en Turquie, la radicalisation du régime d’Erdogan fait craindre que ne se poursuive la persécution politico-judiciaire dont est victime Pinar Selek depuis 16 ans.

Pinar

Rappel des faits : accusée en 1998 de complicité dans un attentat qui s’est révélé par la suite être un accident, Pinar Selek a été emprisonnée pendant deux ans et torturée (voir sa biographie ici). Bien qu’elle ait été acquittée à trois reprises et lavée de tout soupçon par des expertises indépendantes, un nouveau procès l’a condamnée à la prison à vie le 24 janvier 2013, un verdict qui a suscité une vive indignation dans de nombreux pays. Le pouvoir turc manifestait par là même son obstination à faire payer à la sociologue son engagement et ses combats pour les minorités et les Droits de l’Homme. Plus avant, le Ministère de la Justice turc a demandé peu de temps après cette nouvelle condamnation l’inscription de son nom sur la liste rouge d’Interpol et a lancé contre elle un mandat d’arrêt international.

Une forte mobilisation à l’occasion du voyage de François Hollande en Turquie les 27 et 28 janvier derniers (voir ici et ) a heureusement permis d’obtenir qu’Interpol mette fin à son mandat d’arrêt international, ce qui a constitué une première victoire contre le régime turc qui entendait obtenir l’extradition de Pinar Selek. La sociologue a certes retrouvé sa liberté de déplacement en Europe, mais sa condamnation à la prison à vie lui interdit tout retour dans son pays où elle doit pouvoir conduire librement ses recherches, y retrouver sa famille et ses amis. L’appel de ses avocats sur lequel statuera la Cour Suprême le 30 avril est donc essentiel et constitue l’ultime recours avant une procédure devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

Face à cette échéance importante, il convient de souligner que la mobilisation ne faiblit pas. Une délégation de plus de 30 personnes, en provenance de toute la France, se rendra à Ankara pour assister à ce nouveau procès. Composée de membres du Collectif de solidarité et du Comité de soutien de l’Université de Strasbourg, de représentants d’associations, de partis politiques et d’organisations syndicales, cette délégation d’observateurs rappellera une exigence fondamentale : que Pinar Selek soit enfin acquittée. Ils pourront s’appuyer sur le rapport de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des
 droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des 
droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Il est noter qu’il s’agit là du premier rapport de cet observatoire portant sur un cas individuel. Je renvoie aussi à l’important communiqué de la FIDH et je copie ci-dessous le communiqué de deux associations de sociologues.

Pinar Selek doit être acquittée et réhabilitée. Le verdict du 30 avril aura une signification forte pour l’avenir de la démocratie en Turquie.

 

Pascal Maillard

Papier initialement paru sur Mediapart

Actualisation du 30 avril: DIRECT D’ANKARA et de STRASBOURG avec Pinar Selek

(informations transmises par Jean-Pierre Djukic, un des quatre membres de la délégation de l’Université de Strasbourg)

– Début de l’audience à 10h : salle trop petite, 30 places seulement pour le public, transmission sur écran plasma dans le couloir. Seuls deux personnes de la délégation universitaire sont acceptées, protestation, puis Jean-Pierre Djukic parvient à entrer dans la salle. Parole à la défense.

– Impressions et informations de Pinar, à Strasbourg : « Le procès a bien commencé, pas de tension avec la police. 300 personnes devant le tribunal. 50 personnes à l’intérieur. 5 ou 6 avocats doivent prendre la parole. Le premier avocat a posé des problèmes de vice de forme. Bonne écoute des juges. »  

– Pause déjeuner, reprise à 12h heure française avec la plaidoirie d’Alp Selek, père de Pinar. 

– L’audience a repris avec un peu de retard. Plaidoirie des avocats qui passent en revue les témoignages à charge extorqués sous la contrainte. Démonstration, photos à l’appui, de l’incohérence des preuves matérielles (fragment de la bombe supposée).

 – En délibéré pour le 11 Juin

Conférence de presse le 2 mai prochain

PHOTOS 30-04 Ankara et Strasbourg :

Pinar à Strasbourg avec son comité de soutienPinar à Strasbourg avec son comité de soutien
Yasemin Oz au micro, membre du collectif de solidarité à IstanbulYasemin Oz au micro, membre du collectif de solidarité à Istanbul
Alp Selek, père de Pinar Selek devant le tribunalAlp Selek, père de Pinar Selek devant le tribunal

Pour plus d’informations consulter le site suivant : http://www.pinarselek.fr et lire ici un entretien de janvier 2013 entre Pinar Selek et Joseph Confavreux de Mediapart.

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Communiqué de soutien à Pinar Selek

L’Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES) et l’Association française de sociologie (AFS) réaffirment une nouvelle fois leur plein soutien à la sociologue Pinar Selek, réfugiée politique en France, dont le nouveau procès en appel se tiendra à Ankara le 30 avril 2014.  Depuis 1998, elle est victime d’un véritable acharnement judiciaire. Par trois fois, les autorités judiciaires l’ont acquittée, mais à chaque fois le représentant de l’État a interjeté appel jusqu’à obtenir, pour des faits qu’elle n’a pas commis, sa condamnation à perpétuité (lors du procès du 24 janvier 2013, qui fut un véritable simulacre judiciaire).

Nous en appelons aujourd’hui aux plus hautes autorités de l’État turc. Au-delà de l’émotion générale que cette affaire suscite en France, la communauté des sociologues, à laquelle appartient Pinar Selek, ne peut accepter qu’une sociologue soit ainsi condamnée pour avoir simplement exercé son métier. Le procès en appel du 30 avril 2014 doit être l’occasion de réparer définitivement l’injustice faite à notre collègue. Il faut que son innocence soit reconnue et que cesse un acharnement en tout point contraire aux règles universelles du droit.

 

Paris, le 25 avril 2014

   

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