L’envers de la double peine :

Documentaires « Coincés à Alger » & « Alger-Paris: le Retour »

Que deviennent les personnes victimes de double-peine une fois expulsées ? Dans ces films de Merzak Allouache et de Joy Banerjee et Mogniss H. Abdallah, on perçoit l’envers du décor de cette mesure discriminatoire. L’occasion aussi de revenir sur le caractère inique d’un dispositif réglementaire dont on croit trop souvent à tort qu’il a été totalement aboli par Nicolas Sarkozy.

Alger, printemps 1989. Momo, Kamel, Rachid et les autres restent bloqués en Algérie à cause de problèmes familiaux et administratifs complexes. La plupart sont des « expulsés Pasqua », du nom du ministre de l’intérieur qui entre 1986 et 1988 a expulsé du territoire des milliers de jeunes de nationalité étrangère. Dans l’attente d’un retour hypothétique en France, pays où ils grandi et où ils ont l’essentiel de leurs attaches, ils traînent leur blues dans les rues bondées du centre-ville.

Avec une bonne dose d’auto-dérision, ils survivent dans des locaux désaffectés autour de la Grande Poste, d’où ils téléphonent régulièrement à leurs parents et ami-e-s de l’autre côté de la Méditerrannée. Ils suivent aussi de près l’actualité en France. Kamel, le « Bee Gees » du groupe (en référence à la mode disco Saturday night fever), lance un appel au nouveau ministre socialiste de l’intérieur Pierre Joxe pour une loi plus « décontractée », plus « cool ».

Ou voir sur la chaine youtube d’IMmédia

En effet, de concert avec les associations de défense des étrangers, une réforme de la loi Pasqua est en cours de négociation. Elle sera adoptée le 8 août 1989, mais elle oublie les « expulsés Pasqua » et les double peine, ces « quasi-Français » expulsés après une peine de prison d’un an ou plus.

Le cinéaste Merzak Allouache filme en solo ces portraits avec une caméra légère vidéo 8, s’engouffrant dans la brèche démocratique brièvement ouverte après la révolte d’octobre 1988 en Algérie. Il tourne en solo pour saisir sur le vif et documenter l’ébullition en cours dans la société civile (jeunes, journalistes, femmes etc.) Son document, produit par l’agence IM’média, est diffusé à l’émission Rencontres (FR 3), en plein débat parlementaire sur la loi Joxe concernant l’immigration. Dans la cité de Bobigny où Momo a son nom « gravé sur les arbres », c’est l’émoi. Des voisins préviennent la famille: « Vite, venez voir, Momo passe à la télé!» Via FR3, contact est aussitôt pris avec l’agence IM’média, qui collabore avec le collectif Résistance des Banlieues et le futur Comité national contre la double peine.

Momo de Bobigny rentre par la suite clandestinement en France, retrouve sa famille et, après avoir fait le tour des associations qui lui disent « désolé mais on ne peut rien faire pour vous », il rejoint ce comité au printemps 1991. Il obtient d’abord des papiers provisoires et une assignation à résidence. Au-delà du cas par cas, il se bat aussi aux côtés des principaux concernés pour une régularisation de plein droit et une amnistie collective pour tous les double peine, soit environ 20 000 personnes.

Début janvier 1992, dix-neuf double peine entament une grève de la faim illimitée. Ils seront rejoints par des Lyonnais, par des prisonniers, et l’énergique intervention des femmes va permettre au grand public de percevoir la dimension sociale de la double peine au-delà des seules questions de délinquance. Elle dure 52 jours. Les double peine obtiennent pour la plupart satisfaction. (cf. Mogniss H. Abdallah Pour en finir avec la Double peine).

Par la suite, ils réclameront l’abrogation même de la double peine, en particulier l’interdiction du territoire (ITF) prononcée par le juge. Nombre d’associations et des cinéastes, dont Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Thorn, mèneront campagne à leurs côtés. Et en 2003, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur surprend en affirmant spectaculairement abroger la double peine. Dès lors, la gauche, les associations et les immigrés eux-mêmes pensent la double peine définitivement abolie. Or, si des « catégories protégées » sont certes instituées, la double peine existe toujours bel et bien (cf. Stéphane Maugendre, une réforme de dupes

Tout comme les expulsions administratives du territoire. Mais, ironie de l’histoire, l’actualité est aujourd’hui marquée par l’interdiction… de sortie du territoire des « djihadistes » !

Sur le même sujet, le Comité national contre la double peine et l’agence IM’média ont produit plusieurs films, dont Expulsés parmi nous (18 min. – septembre 1990) avec notamment Mohamed Hocine alias Momo des Mûreaux, et Y’en a Marre de la double peine (34 mn – 1993) avec Tarek Kawtari du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB).

Mogniss H. Abdallah

Contact : agence.immedia@free.fr

 

   

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