Des initiatives militantes en Allemagne contre les représailles antisyndicales

Depuis quelques mois, les attaques à l’encontre du syndicalisme se développent singulièrement en France, à travers la remise en cause des hébergements municipaux des structures syndicales notamment, mais pas seulement. Face à ce constat, la CGT a organisé le 23 septembre 2015 une journée de mobilisation qui a rencontré un premier écho militant. Cependant, organisée sous sa propre bannière, sans chercher à réunir un front plus large ni à construire un véritable rapport de force, cette initiative ne saurait répondre aux enjeux actuels, alors que se préparent de nouvelles attaques contre le Code du travail et les différents acquis sociaux. Ces attaques – et ce n’est pas le moindre des paradoxes – sont souvent menées au nom du « modèle allemand » de relations sociales, loué à longueur d’intervention par les plupart des éditorialistes politiques ou économiques.

Terrains de Luttes propose un nouvel éclairage venu d’outre-Rhin, en mettant cette fois l’accent sur les efforts d’organisation et de mobilisation contre le développement de pratiques anti-syndicales de plus en plus agressives en Allemagne. Pour illustrer cet effort militant, nous avons choisi de traduire l’édito du Bulletin d’infos de la gauche syndicale n°57[1] du mois d’octobre 2015. Ce texte vient compléter le tableau dressé dans une étude publiée par l’institut scientifique de l’IG Metall, à laquelle on se reportera d’ailleurs utilement.

Ces initiatives viennent prolonger les mobilisations militantes qui s’efforcent de perturber les différents séminaires patronaux. Ainsi, l’équipe qui anime le site internet Arbeitsunrecht a mis en ligne une carte interactive, baptisée Carte de l’Union busting : cet outil permet de lister les différents séminaires et formations organisés par des cabinets enseignant les différentes stratégies antisyndicales. Il s’agit, à terme, de faire en sorte que pas une seule initiative antisyndicales ne reste sans réponse. Cette stratégie commence d’ailleurs à porter ses fruits : l’édition 2015 de l’un des principaux séminaires du genre a été tout simplement annulée !

Ces différentes initiatives, qui restent encore modestes, montrent cependant la volonté de faire face au défi que pose le développement de l’antisyndicalisme, et de faire en sorte que les organisations syndicales se décident à sortir de leur léthargie. Souhaitons que ces initiatives parviennent à inspirer également les équipes syndicales en France !


Harcèlement des élus du personnel.

Des cas isolés ? Non, un scandale généralisé !

C’est bien d’un des cas les plus récents que rend compte le quotidien Frankfurter Rundschau dans son édition du 11 août. Dans un article intitulé « La sorcière doit dégager » sont présentées les méthodes employées par le fabriquant de médicaments Multipharma contre une déléguée du personnel engagée. Il ne s’agit malheureusement pas d’un « cas isolé », contrairement à l’opinion exprimée par un des responsables de son syndicat national, Alexander Wiesbach. La réalité, c’est plutôt que les cas de répression syndicale, et le harcèlement des militants qui l’accompagne, font rarement l’objet d’un traitement médiatique. Les dimensions énormes qu’atteint ce scandale le plus souvent ignoré, les méthodes d’intimidation systématique, de violation ouverte du droit et de destruction brutale des conditions d’existence sont rarement mises en lumière.

allaction.jpeg

Des procédés brutaux

Des entreprises de tailles diverses s’en sont prises et s’en prennent encore à des délégué-e-s ou à des militant-e-s syndicaux combatifs/ves dans le but de s’en débarrasser. Aux côtés de Multipharma, de nombreux cas du même genre ont connu une certaine publicité. Des entreprises comme Albert Hackerodt, AMG, Alstom, Bauhaus,Bilfinger, Burger King, Enercon, H&M, Hyundai, IKEA, KiK, Kömmerling, Maredo, Meyer Werft, Nora Systems, Rhenus ou la Volksbank Kraichgau ont eu droit, dans le meilleur des cas, à des articles dans la presse locale. Mais il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg – par ailleurs plus ou moins visible.

 Des cabinets d’avocats spécialisés

Il y a bien sûr des membres des C.E. « compréhensifs », mais beaucoup plus encore des cabinets d’avocats très bien payés spécialisés dans ce type de services (Naujoks, Schreiner & Partner, etc…), ainsi que des entreprises de conseil qui jouent là un rôle déterminant. D’après des estimations prudentes, ce sont des centaines de syndicalistes qui sont victimes chaque année de leurs manigances. La conséquence : une fois leurs représentant-e-s mis au pas, c’est tout le personnel qui est durablement dissuadé d’agir. De la même façon, les familles de ces représentants sont soumises à une pression énorme qui a souvent des effets destructeurs.

 Les tribunaux du travail et les instances juridiques se refusent en général à prendre en considération ces atteintes importantes aux droits inscrits dans la constitution et dans la législation du travail, et encore moins à s’attaquer à elles. De la part du gouvernement fédéral il n’y a pas non plus d’initiatives contre ce scandale généralisé.

stuttgart01_wand-besprueht1-300x207(1)

 Construire une résistance au plan national

Il existe bien des initiatives dont le champ d’action est limité, comme à Mannheim le « comité contre le harcèlement de délégués », ou l’association « aktion./.arbeitsunrecht e.V », qui se battent depuis des années contre ces scandales insupportables. De même, des structures syndicales se sont engagées sérieusement sur ce terrain. Ce qui manque, c’est une résistance à la hauteur sur le plan national à cette forme de lutte de classes par en haut. Ce devrait être une tâche de premier plan pour les fédérations et la confédération DGB, car c’est un des moyens utilisé pour détruire leur implantation dans les entreprises.

 Il faut donc se féliciter que cet automne se tiennent deux conférences qui permettront de mieux prendre la mesure du harcèlement syndical et de consolider les liens entre tous ceux qui veulent construire une contre-offensive publique efficace.

 Wolfgang Alles, du comité de Mannheim, Solidarität gegen BR-Mobbing“

Traduit par P.V

ANNEXE

1. Les élus du personnel dans la ligne de mire : Harcèlement patronal, harcèlement moral et Cie – comment réagir ?

Conférence avec la participation de collègues concernés de différents secteurs, Albrecht Kieser (work-watch), Klaus-Dieter Freund (avocat)…

Samedi 17 octobre 2015, de 13h à 19h, à la maison des syndicats de Mannheim

Initiative organisée avec le soutien de IG Metall Mannheim, ver.di Rhein-Neckar, work-watch Köln, ainsi que les structures locales IG BCE et les délégués du personnel IG Metall d’Alstom Mannheim.

http://www.gegen-br-mobbing.de

 

2. Initiative unitaire en défense du droit de grève et contre l’union busting

Stoppons l’encadrement du droit de grève et les pratiques antisyndicales !

Samedi 7 et dimanche 8 novembre 2015, à Kassel.

Samedi 7 novembre

11h-16h15 : «  Harcèlement des syndicats et remise en cause du droit de grève »

14h -15h : le harcèlement des syndicats en Turquie

15-16h : Groupes de travail :

– répression des grèves spontanées contre la délocalisation chez Daimler Benz (délégués de DB)

– la fin de la grève lors de la renégociation de la convention des services sociaux et d’éducation (militant-e-s de verdi)

– le conflit pour des embauches à l’hôpital de la Charité à Berlin (Kalle Kunkel, animateur de la lutte)

– la grève de la Poste : l’organisation nationale de l’offensive anti-grève, la répression et le rôle du syndicat (une déléguée du personnel animatrice de la lutte)

– particularités du harcèlement anti-syndical en prison (Oliver Rast, porte-parole du syndicat des prisonniers)

Dimanche 8 novembre :

9h30-10h30 : signification et conséquences de la nouvelle loi d’unification tarifaire – Ses effets sur le mouvement syndical (secrétaire général adjoint du syndicat combatif des cheminots GDL)

10h30-11h30 : comment répondre aux attaques contre le droit de grève et à la répression syndicale ? propositions des groupes de travail

Pause café

11h45-13h : fin des discussions, conclusions et décisions

Dans le comité de préparation, les organisations suivantes sont représentées :

AG Betrieb und Gewerkschaft der Linkspartei, Aktion Arbeitsunrecht e.V.; Förderation Demokratischer Arbeitervereine (DIDF), express (Zeitung für sozialistische Betriebs- und Gewerkschaftsarbeit), Gefangenen-Gewerkschaft/Bundesweite Organisation (GG/BO), Initiative zur Vernetzung der Gewerkschaftslinken (IVG), Komitee « Solidarität gegen Betriebsratsmobbing » Mannheim, labournet.de, Netzwerk für eine kämpferische und demokratische ver.di, Sozialistische Alternative (SAV), tie-Germany, ver.di Linke NRW.

 Bulletin d’infos de la gauche syndicale n°57 – octobre 2015

[1] Ce bulletin d’information est publié par un réseau de militants syndicaux baptisé Initiative zur Vernetzung der Gewerkschaftlinken (Initiative pour la mise en réseau des gauches syndicales). Ce réseau est implanté dans une douzaine de villes et regroupe quelques centaines de militants syndicaux. S’il dispose d’une certaine audience, son influence réelle sur l’activité syndicale reste toutefois limitée pour le moment.

   

Commentaires fermés

A la Une : Librairie en luttes

 

Répression syndicale

 

Ces lobbys qui nous pourrissent la vie !

 

Essais

 

Luttes des classes en Europe