Une grève éminemment politique

Le 1er avril 2016, plusieurs milliers d’enseignant.e.s de Chicago se sont mis en grève. Deuxième grève depuis la très importante grève de septembre 2012, qui avait placé le syndicat Chicago Teachers Union (CTU) aux avant-postes de la lutte pour la justice sociale, économique et raciale aux Etats-Unis, la grève du 1er avril, déjà analysée ici, a marqué une première étape décisive vers une possible convergence des luttes entre enseignants, travailleurs précaires de la restauration rapide et d’autres secteurs mobilisés dans la lutte pour le salaire minimum à 15 dollars, et militant.e.s antiracistes. Dans l’entretien qui suit, Micah Uetricht, journaliste spécialiste des questions syndicales et auteur d’un ouvrage sur la grève de 2012, revient sur la portée politique sans précédent de la grève du 1er avril.

 

TDL : Peux-tu nous parler de ce qui s’est passé entre la grève de 2012 et celle du 1er avril ?

M : La grève de 2012 a été perçue comme une immense victoire pour le mouvement ouvrier américain. Et c’était effectivement une immense victoire. Il faut dire qu’on partait de loin. Depuis de nombreuses années, le mouvement ouvrier américain n’a connu que des défaites, parfois aussi désastreuses que celles du PATCO (Professional Air Traffic Controllers Organization) en 1981[1]. Après les lois passées par Scott Walker[2], l’AFT (American Federation of Teachers) et l’AFSCME (American Federation of State, County and Municipal Employment) ont perdu respectivement 50 et 70 % de leurs membres. Ces grosses défaites, pour le mouvement ouvrier américain, c’était la norme ! Alors pour moi, la victoire tient en grande partie au fait qu’on ne s’est pas laissé faire et qu’on s’est battu contre les mesures d’austérité.

En plus, cette victoire, on la doit à la communauté. On a mobilisé les gens. Pour le CTU, c’est ça le syndicalisme. Convaincre les gens que leur intérêt et celui du syndicat se rejoignent. Et ce n’est pas une mince affaire quand on pense au ressentiment que nourrissent les Américains envers la fonction publique. Sur les retraites par exemple, beaucoup pensent : « Pourquoi ces gens-là toucheraient une retraite et pas moi ? » C’est pour ça que c’est incroyable qu’il y ait eu une telle mobilisation.

Mais la mobilisation a connu un coup d’arrêt. Depuis la grève de 2012, le CTU n’a subi que des échecs, dont le point d’orgue a été la fermeture de 49 écoles en 2013. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir remué ciel et terre pour empêcher ces fermetures ! En plus de la grosse campagne publique contre la fermeture des écoles, le CTU a organisé une marche de trois jours qui est passée par chacune des écoles menacées. Il faut savoir que la colère contre la fermeture des écoles était grande, en particulier au sein des communautés africaine-américaine et hispanique. Mais pour les politiques, tout ça n’avait aucune importance. Ils ont fermé les 49 écoles. Et ils prévoient 50 fermetures supplémentaires. Et dans chacune de ces écoles, la fermeture a été votée à la quasi unanimité par le school board [3]. Ca a été un gros coup dur pour le CTU.

Ces fermetures ont été suivies de coupes budgétaires à la chaîne et de vagues de licenciements. Je ne sais même pas combien on a vu passer de plans de licenciements différents. Au lieu de toucher des subventions par quartier, les écoles touchent maintenant des subventions par élève. Selon les enseignants, c’est un système désastreux pour les écoles. Récemment il y a eu des coupes dans le budget de l’éducation spécialisée. Et même si le CTU a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher ces coupes budgétaires, ils sont allés d’échec en échec.

Pourtant, il faut noter qu’au beau milieu de la crise, juste avant la série de fermetures d’écoles, de coupes budgétaires et de licenciements, la tendance dirigeante du syndicat (Caucus of Rank-and-File Educators, CORE) a été réélue à une très large majorité[4]. Plus de 80% des membres ont voté pour eux. Ça veut dire que même à un moment où le CTU était mis en échec, les militants gardaient confiance en eux. Ce vote, ça voulait dire : « On y croit, à ce modèle de syndicalisme horizontal, démocratique, dont l’impulsion vient de la base. »

TDL : Combien de membres compte le syndicat ?

: Ils étaient 26 000 en 2012. Mais je crois qu’ils ont perdu une bonne partie de leurs effectifs. Je crois avoir entendu récemment le chiffre de 22 000. Sans doute à cause des licenciements. Si mes souvenirs sont exacts, autrefois, le CTU comptait bien plus de 30 000 membres ! Depuis, les effectifs n’ont pas cessé de diminuer.

Soyons clairs à propos du caucus : certains des fondateurs de CORE en 2009 étaient déjà à la direction du syndicat au début des années 2000. Ils avaient participé à la mise en place de réformes progressistes en interne qui ont échoué pour plusieurs raisons, certaines objectives, d’autres subjectives. Mais si la direction a été renouvelée, c’est surtout parce que le comité précédent ne s’est pas appuyé sur la base et n’a pas cherché à transformer le rapport des dirigeants aux militants. En plus, les permanents faisaient partie de la vieille garde et ils voulaient à tout prix saboter la réforme interne. Ils se sont syndiqués entre la victoire et la prise de fonction des réformateurs, pour se mettre à l’abri des changements que les réformateurs pourraient imposer. Et dans les faits, les membres de la vieille garde syndicale ont tout fait pour saboter la réforme interne.

Ceux qui ont créé CORE ont tiré des leçons de ces échecs. Ils ont promis de s’engager réellement aux côtés des communautés et de s’appuyer vraiment sur la base syndicale. Si CORE a gagné l’élection, c’est en partie à cause des querelles internes qui faisaient rage au sein de la veille garde en 2010. Certains ont quitté le comité de direction pour se présenter contre leurs anciens camarades. Ensuite, CORE a immédiatement appliqué son programme en s’appuyant sur la base militante.

Si je te dis ça, c’est pour te montrer que les 22 000 membres du syndicat ont toujours ce modèle en tête. A présent, il n’y a plus de conflits internes. Personne n’est de taille à remettre en cause ce modèle radical.

TDL : Comment la grève s’est-elle déroulée, cette fois-ci ?

M : En 2012, la grève a été victorieuse. Et elle a été victorieuse parce que le CTU avait de vrais moyens de pression. Mais après la grève, la fermeture des écoles et les coupes budgétaires, ils ne disposaient plus de moyens de pression suffisants pour contraindre le maire, Rahm Emanuel, à mener une politique différente. Mais ils savaient que dès qu’ils auraient l’avantage, ils pourraient utiliser la grève pour mettre un terme aux politiques de Rahm Emmanuel, du gouverneur Bruce Rauner et de tous les autres. Ils ont joué au chat et à la souris avec l’administration scolaire.

Pour moi, cette grève était plus risquée que celle de 2012. En 2012, la grève aurait pu échouer mais on ne se posait la question de savoir si ce qu’on faisait était légal. Cette fois-ci, après la grève du 1er avril, l’administration scolaire a annoncé qu’elle engageait des poursuites contre le syndicat. Aux États-Unis, le droit syndical change en fonction des entreprises et des États. Dans de nombreux États, les salariés du public n’ont pas le droit de faire grève, un point c’est tout. En Illinois, c’est légal mais plusieurs lois ont été passées pour s’attaquer à ce droit de grève. Et personne n’est dupe : ces lois visent le CTU.

En 2012, pendant la grève, le CTU était passé par tout un processus de négociations collectives. Mais la grève de 2016 a été un peu plus brouillonne. Dans le droit du travail américain, il y a un terme « pratiques de travail injustes » (unfair labor practices) qui autorise les employés à se mettre en grève quand ils estiment être victimes d’injustice au travail. C’est sur ça que s’appuient les grèves des employés de la restauration rapide par exemple. Mais c’est dangereux de se mettre en grève en invoquant ces raisons-là parce qu’on ne sait jamais ce qui relève de la loi ou pas. C’est ce qui s’est passé lors de la grève du 1er avril. Le syndicat a décidé de se mettre en grève pour « pratiques de travail injustes ». C’est pour ça que ce n’était pas une grève reconductible et qu’elle ne devait durer qu’un jour.

Pourquoi se sont-ils mis en grève pour pratiques de travail injustes ? A cause de la suppression d’un système d’avancement nommé « steps and lanes ». Les contrats des enseignants contiennent les clauses suivantes : le salaire augmente en fonction de l’ancienneté (« steps ») ou en fonction des qualifications (« lanes »). Mais l’année dernière, l’administration scolaire a décidé de supprimer ce système, sans concertation préalable. Pour eux, ce n’est donc pas légal de se mettre en grève sur ces revendications.

J’en ai discuté avec un spécialiste du droit du travail – il m’a dit qu’en général, ces plaintes pour pratiques de travail injustes n’ont de chances d’aboutir que dans le privé. Il n’y a pas de jurisprudence pour ce type de situation dans le public. La plainte passe devant un comité d’État qui est chargé de décider de la validité ou non de la plainte.

Les grévistes peuvent se faire totalement avoir dans cette histoire. On peut donner en exemple la grève des salariés des transports urbains à New York en 2005, même si la situation n’était pas tout à fait la même. La grève était illégale, ça ne faisait aucun doute. Et le syndicat en a vraiment souffert : ils ont été condamnés à de lourdes amendes, de l’ordre de plusieurs millions de dollars, les dirigeants syndicaux ont écopé de dix jours de prison, ils ont perdu les cotisations déduites automatiquement des salaires auxquelles ils avaient droit pendant environ un an (ce qui a vidé les caisses du syndicat). Voilà les risques que prend le CTU.

Students, teachers, and activists march down Michigan Avenue from the Thompson center during a strike organized by the Chicago Teacher's Union.

TDL : Quelles sont leurs revendications ?

M : C’est l’autre spécificité de la grève. D’une part c’est potentiellement illégal et ça comporte de gros risques. D’autre part, c’est une grève politique. Je ne me rappelle pas la dernière fois qu’un syndicat américain a mené une offensive de cette ampleur. Le CTU a dit qu’ils s’étaient mis en grève pour mettre la pression sur Rauner[5] lors du vote du budget, pour mettre un coup d’arrêt à sa politique de coupes budgétaires et de restrictions des droits des syndiqués du privé. Il faut savoir que Rauner ne peut pas passer ce budget pour l’instant, parce que les démocrates refusent de céder sur ce point. Donc la grève, c’est un moyen pour le syndicat d’avertir le public de ce problème.

Et le CTU milite pour de nouvelles formes d’impôts progressifs pour mettre fin à l’impôt à taux unique. L’Illinois fait partie des neuf États américains qui pratiquent encore l’impôt à taux unique à l’échelle de l’État. Il y a beaucoup d’argent public gaspillé, en particulier à travers les financements publics de projets de rénovation urbaine. Tout cet argent pourrait être utilisé pour le service public. Il n’y a pas de taxes sur les transactions financières. C’est ça, les revendications de la grève : se réapproprier l’argent public.

Ça aussi c’est inédit pour une grève aux États-Unis. Les grévistes ne veulent pas uniquement se défendre et protéger leurs acquis. Ils veulent lancer une véritable offensive, faire payer les riches, les forcer à cracher l’argent.

TDL : Est-ce qu’ils ont le soutien d’autres syndicats du service public ?

M : Le principal soutien dont dispose le CTU à Chicago est celui de SEIU HCII (Service Employees International Union Healthcare Illinois, Indiana, Missouri, Kansas). HCII est sans doute le seul syndicat à avoir investi des ressources considérables dans des campagnes électorales progressistes. Ils adhèrent au programme du CTU, ce qui donne encore plus de poids à ce que le CTU a accompli jusqu’à présent : ils sont à la tête d’une coalition entre les travailleurs et la communauté. HCII vient apporter la caution « travailleurs ». Chicago, c’est une ville où il y a encore des syndicats très puissants. Alors on peut se demander ce qui se passerait si un ou deux autres gros syndicats décidaient de se bouger.

TDL : En écoutant les différents intervenants lors du meeting, j’ai eu l’impression qu’on assistait à une convergence des luttes : il y avait des grévistes du mouvement Fight for 15$ sur les piquets de grève, mais aussi Black Youth Project et d’autres groupes du mouvement Black Lives Matter, venus apporter leur soutien aux grévistes. Mais en même temps, on sentait pas mal de tensions : par exemple quand Karen Lewis a dit que l’ennemi, c’était pas la police et qu’un militant a répondu « Fuck the police. »

M : Commençons par la question de la convergence. C’est ce que cherche le CTU, et ils n’ont pas arrêté de travailler dans ce sens depuis qu’ils ont pris leurs fonctions. Les racines de CORE, ce sont des enseignants de la base, qui s’engagent aussi dans des luttes aux côtés des communautés africaine-américaine et latino, avec des groupes comme Kenwood Oakland Community Organization (KOCO). Ce qu’ils veulent, c’est faire converger toutes ces luttes. C’est une des raisons pour lesquelles le CTU bénéficie d’un soutien si large à Chicago – les gens leur font confiance, ils savent qu’ils ont un programme anti-raciste, qu’ils veulent se battre contre la gentrification, pour un salaire minimum de 15$ de l’heure …

C’est tout ça qui s’exprime dans cette grève. Si tu regardes le programme de la journée, il y avait environ trente-cinq événements au programme. Certains avaient lieu dans des écoles, à l’initiative du CTU, d’autres étaient organisés dans les établissements d’enseignement supérieur par des syndicats qui se battent contre les restrictions budgétaires. Et il ne faut pas négliger la composante anti-raciste de ces luttes. Par exemple à l’université de Chicago State, la plupart des étudiants sont africains-américains. A North Eastern Illinois University (NEIU), les étudiants sont majoritairement d’origine hispannique ou arabe, il y a plein  d’immigrés et d’enfants d’immigrés, parfois sans-papiers. Ensuite, des événements ont été organisés dans des prisons pour mineurs par des groupes comme Assata’s Daughters ou Project NIA – des groupes africains-américains, qui militent pour la justice raciale et contre l’incarcération. Et l’incontournable mouvement Fight for 15$ soutenait aussi la grève parce que le CTU s’est fermement prononcé en faveur d’un salaire minimum de 15$. Les représentants du CTU ont également voté en faveur de la démission d’Anita Alvarez, la procureure qui a abandonné les poursuites contre l’officier de police qui a abattu Laquan McDonald de 16 balles[6]. C’est incroyable, je veux dire, aucun syndicat américain n’a jamais pris des positions si radicales, à part peut-être l’UE (United Electrical[7]) ou d’autres syndicats d’extrême gauche. C’est énorme. Ils essaient vraiment de faire advenir cette convergence des luttes.

Quant aux tensions internes dont tu parles, c’est un autre problème. Au sein du syndicat, il y a une minorité active qui s’est violemment opposée au discours sur les violences policières et les luttes anti-racistes. Certaines membres du CTU sont des femmes blanches, mariées à des officiers de police. Pour te donner un exemple, le CTU organise régulièrement un Red Friday où tout le monde porte du rouge en guise de soutien au syndicat. Eh bien certains membres ont commencé à organiser un Blue Friday où ils portent du bleu pour manifester leur soutien au Chicago Police Department. C’est loin d’être la majorité, mais c’est une minorité active.

TDL : Quelle importance a eu cette grève ? Est-ce que tu penses que ça va changer le paysage politique ? Ou est-ce que pour toi il n’y aura pas de suites ?

M : Je pense que si le Chicago Public School District a attendu plusieurs heures après la fin de la grève pour annoncer qu’ils allaient engager des poursuites contre le CTU, c’est parce qu’ils savaient que la base du CTU est tellement bien organisée que s’ils l’avaient annoncé avant ou s’ils avaient essayé d’empêcher le CTU d’organiser cette grève, ils auraient dû faire face à la colère de 22 000 enseignants. Et ils seraient passés pour des guignols. Et ça, ça leur fait peur.

Le syndicat a enjoint la majorité de ses membres à manifester dans la rue. Et ça va continuer, ce n’est pas un événement isolé. Je serais vraiment surpris que le syndicat n’appelle pas à une autre grève plus tard dans l’année. En quelque sorte, cette grève d’une journée est un moyen pour eux de consolider le mouvement pour pouvoir se lancer dans une grève reconductible plus tard dans l’année. La stratégie du syndicat jusque là, c’est de faire monter la pression. Bien sûr plus les enjeux sont grands, plus les risques sont importants. Pourtant, depuis l’élection de CORE, le CTU n’a pas dérogé à ses principes.

Parlons de Rauner. C’est un personnage assez intéressant. Contrairement à la plupart des hommes politiques, il n’a pas travaillé pour gravir les échelons. Il ne doit pas non plus son ascension à des faveurs qu’on lui aurait accordées. Son poste, il le doit uniquement à son argent. C’est pour ça qu’il peut faire passer ses mesures de droite. Il n’est même pas tenu par l’enjeu d’un autre mandat. Tout ce qu’il veut c’est mettre en œuvre son programme capitaliste.

Je ne crois pas que la grève va le faire plier. Mais au moins, sa cote de popularité est en baisse. Et ne parlons pas de celle de Rahm Emanuel : il est devenu indésirable à Chicago ! Imagine, c’est le maire et il est indésirable dans sa propre ville ! Personne ne lui a pardonné son attitude dans l’affaire Laquan Mc Donald. Même si le CTU ne gagne pas la bataille, ils ont le mérite de s’opposer frontalement à Rahm Emanuel et à Rauner. Rien que pour ça, ils ont le soutien de la population. Et il n’y a pas de raison que ça s’arrête.

A l’échelle des États-Unis, il faut savoir que les grèves politiques, la convergence des luttes, ça n’arrive jamais. Tout est fait pour que les gouvernants ne se retrouvent jamais face à cette situation. Le droit du travail est volontairement flou, la grève peut potentiellement être considérée comme illégale. Tout est fait pour dissuader les gens de se lancer dans ce type d’actions. Et le CTU est à l’avant-garde de la grève politique.

Je pense qu’il y a pas mal de leçons à tirer de cette lutte pour les syndicats en général et les syndicats enseignants en particulier : 1) qu’il faut défendre les intérêts de la communauté et pas seulement ses intérêts propres ; 2) que la grève reste une arme, même pour les enseignants ; 3) qu’il faut s’appuyer sur la base. Le plus simple, c’est de donner l’impression qu’on est là pour relayer les revendications de la communauté : il y a plein de syndicats enseignants partout dans le pays qui ont changé de discours. Maintenant, ils disent qu’ils sont là pour défendre les intérêts des étudiants et pas leurs intérêts à eux. C’est facile à dire sur un communiqué de presse. Mais c’est plus difficile à faire. Ça veut dire moins de pouvoir pour le syndicat. Il faut écouter les gens, les membres de la communauté, les parents d’élèves et établir une relations de confiance avec eux.

Les enseignants ont compris que la grève pouvait être utilisée comme une arme. Certains se sont mis en grève. Au début de l’année, des enseignants de Washington ont organisé des grèves tournantes. Après la grève de 2012, d’autres syndicats enseignants de l’Illinois se sont mis en grève. Ça, ils l’ont compris. Mais le plus dur, ça reste de s’appuyer sur la base. Parce que ça veut dire qu’il faut déléguer, accepter de donner le pouvoir aux autres.

Les dirigeants ont beau défendre sincèrement à ce modèle de militantisme à la base, en général, ils adaptent leur pratique une fois au pouvoir, quitte à trahir leurs principes. Ce n’est pas le cas du CTU : malgré quelques ratés, le syndicat a réussi à donner le pouvoir à la base. Mais ça reste le plus dur à faire.

 

Propos recueillis par Terrains de luttes

[1] En 1981, le PATCO (syndicat des contrôleurs aériens) se met en grève pour obtenir une revalorisation du salaire des contrôleurs aériens, une amélioration de leurs conditions de travail et une limitation du temps de travail de 32h par semaine. Cette grève est déclarée illégale par Ronald Reagan. Suite au refus des grévistes de reprendre le travail, Ronald Reagan licencie les 11345 grévistes et les bannit des services fédéraux.

[2] En 2011, Scott Walker, gouverneur républicain du Wisconsin, fait passer une loi visant à limiter les droits des salariés du public, notamment en matière de négociations collectives, de retraite, d’assurance sociale et de congé maladie.

[3] Il s’agit d’une commission chargée d’administrer les écoles publiques de Chicago. C’est elle qui gère les budgets, les embauches, les programmes et la maintenance des locaux. Le school board est composé de sept membres nommés par le maire. L’un des enjeux actuels de la lutte des enseignants et des parents est que le board soit élu.

[4] Née dans les années 1990, cette tendance est élue à la tête du syndicat en 2010. Elle est dirigée par Karen Lewis, aujourd’hui à la tête du CTU.

[5] Élu gouverneur de l’Illinois en novembre 2014, le milliardaire Bruce Rauner a fait de la lutte contre les syndicats et les services publics l’un des objectifs principaux de son mandat. Sur le plan local, lui et Rahm Emanuel, le maire de Chicago, sont considérés comme des ennemis à abattre.

[6] Ce jeune Afro-Américain a été abattu par un officier de police en octobre 2014. Il a fallu treize mois à la procureure de l’Illinois, Anita Alvarez, pour poursuivre l’officier, qui n’a à ce jour toujours pas été démis de ses fonctions.

[7] Proche du mouvement communiste dans les années 1930 et aujourd’hui fort de plusieurs dizaines de milliers de membres, ce syndicat, qui représente à la fois des salarié.e.s du public et du privé, est considéré comme l’un des des plus à gauche dans le champ syndical états-unien.

   

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