Baroud d’honneur ou second souffle ?

« Ça va être énorme ! » pronostiquait Philippe Martinez, numéro 1 de la CGT, à propos de la manifestation nationale contre la loi Travail prévue ce mardi sur Paris. Au vu de la difficulté de trouver suffisamment de cars pour faire monter les manifestants sur la capitale, on voulait bien le croire.

C’est effectivement une manifestation monstre qui a réunit un million de participants venus de toute la France, une vague, dominée par le rouge des drapeaux de la CGT, qui s’est répandue sur les cinq kilomètres de parcours entre place d’Italie et les Invalides, les derniers manifestants quittant la place cinq heures après le départ de la tête de cortège ce qui fait dire que l’écart entre les chiffres de participation de la police et ceux des syndicats vire au risible.

Elle était ouverte par un cortège autonome extrêmement fourni, qui a donné lieu aux affrontements les plus durs depuis mars dernier dont l’utilisation par la police de canons à eau, un manifestant étant même grièvement blessé après qu’une grenade lacrymogène se soit fichée dans son dos.

De nombreuses délégations étrangères étaient aussi présentes : en effet, toute l’Europe syndicale a les yeux braqués sur la France alors que l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie ont déjà connu leur loi Travail, avec son lot de désolations sociales à la clef. En Belgique, un mouvement analogue au nôtre est en cours, les syndicats belges n’hésitant pas eux à vouloir faire chuter le gouvernement. Quant à la province, elle n’était pas en reste avec 140.000 personnes sur Marseille soit la plus forte manifestation depuis le début du mouvement ou 30.000 à Toulouse.

Extension du domaine de la lutte

Alors que les grèves, pour certaines démarrées il y a près de trois semaines, s’essoufflent, les actions de blocages elles se poursuivent et de nouveaux secteurs rentrent dans la lutte : le commerce avec celui du Mc Do de la fanzone du Champs de Mars ou des débrayages à l’hôtel Marriott des Champs Elysées, la santé avec la tenue de rassemblement contre les groupements hospitaliers de territoires (GHT) ou bien les taxis venus en force ce mardi.

Le gouvernement, qui comptait sur le début de l’Euro pour clouer les grévistes au pilori a clairement perdu la bataille de l’opinion qui continue à soutenir à plus de 70 % la mobilisation. Ajouté au fait que le nouveau dirigeant de la CGC a clairement affirmé l’hostilité de sa centrale au projet de loi, l’argument du texte soutenu par une majorité de syndicats s’effiloche, laissant ce pauvre Laurent Berger invectiver à la fois Valls et Martinez.

Emissaires de la grève générale

L’exécutif, bien forcé de bouger, a repris langue avec FO (Mailly a trouvé El Khomri « attentive » à ses propositions) puis avec la CGT qui doit être reçue par la ministre le 17 juin prochain. Pas question de se faire enfumer pour autant, y compris par la rhétorique du PS qui consiste à brandir les excès de la droite sénatoriale tels le retour aux 39 heures comme preuve que cette loi serait bien de gauche.

La bataille sociale entame son quatrième mois, le démarrage de grèves reconductibles fin mai avait relancé la participation et le pic de mobilisation de la journée du 31 mars a même été dépassé ce 14 juin : autant d’éléments pour que chacun des manifestants de retour dans son entreprise, dans son syndicat soit un émissaire de la grève générale. Valls a beau menacer d’interdire les prochaines manifestations, Cazeneuve scandaleusement amalgamer l’abject assassinat d’un couple de policiers avec la dénonciation des violences policières et les médias, détenus par les 1 %, tronquer la nature de la manifestation, rien n’y fera : quelque chose s’est levé qui ne s’éteindra pas.

LD

   

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