Loi travail: un mouvement qui ne baisse pas les bras

La contestation contre la loi Travail marque l’un des plus long mouvement de notre histoire sociale : pour la onzième journée de mobilisation ce 28 juin, au moins 200 000 personnes étaient de nouveau dans la rue, y compris au mépris des pressions policières de plus en plus intenses et violentes.

Sur Paris, la manifestation, qui se tenait sur un parcours rallongé de Bastille à Place d’Italie, a rassemblé plus de monde que celle encagée du 23 juin dernier sans pour autant se départir du dispositif sécuritaire qui avaient déjà eu cours tels que le passage par plusieurs points de contrôle des sacs, la délivrance d’une centaine d’interdictions de paraître ou la tentative d’instrumentation des services d’ordre syndicaux par la préfecture.

Le summum a été atteint avec le blocage, à la sortie de la Bourse du travail, de 200 manifestants, dont des syndicalistes CNT et SUD, réunis auparavant en assemblée générale interprofessionnelle et qui ne pouvaient rejoindre la manifestation au départ de Bastille qu’en se prêtant non seulement à l’inspection de leurs sacs mais aussi à un relevé d’identité et à des palpations poussées : intolérable !

Le bâton… puis la carotte ?

De la sorte, le gouvernement franchit un cran supplémentaire en s’en prenant désormais ouvertement à la liberté de réunion ce qui a été immédiatement dénoncé par les unions départementales CGT et Solidaires. 1500 personnes se sont également rassemblées spontanément à République en fin de journée pour protester ce qui a permis de libérer la Bourse et d’y tenir une nouvelle assemblée de luttes avec plus de 500 personnes réunies dans la grande salle Croizat.

A Lille également, plusieurs syndicalistes se sont retrouvés en garde à vue avant d’être libéré sous la pression des manifestants. A Bordeaux, la BAC a été empêchée par le cortège de procéder à des interpellations dans le défilé. Aussi, il est grand temps, pour le mouvement syndical , alors que le pouvoir ne se pare même plus du respect des règles de l’état de droit, de s’interroger sur les pratiques à mettre en œuvre pour que cesse les humiliations de ses militants : ils veulent nous renvoyer sur le plan social au 19ème siècle, n’ayons alors pas peur de renouer avec l’illégalisme des origines du syndicalisme comme nos grèves, nos manifestations et nos mobilisations sont de fait interdites et réprimées !

Cette extrême nervosité, dont on se surprend qu’elle n’ait pas encore débouché sur un drame, ne traduit qu’une seule chose : le gouvernement est aux abois ! C’est pourquoi, dans le même temps, il est obligé de reprendre langue avec les syndicats en recevant mercredi et jeudi les cinq confédérations et les organisations patronales pour officiellement faire le point sur le texte.

DR/ Serge D'ignazio

DR/ Serge D’ignazio

Nœud gordien

C’est que la loi Travail, réécrit par le Sénat de manière encore plus régressive avec l’acquiescement, sur de nombreux points, de la quasi-totalité du groupe socialiste et de la ministre, revient à l’Assemblée Nationale le 5 juillet prochain, nouvelle date annoncée de mobilisation par la CGT.

Sous peine de fracturer davantage la majorité et d’attiser une colère sociale qui ne se dément pas, verra-t-on Valls et El Khomri se contenter de faire la pédagogie du texte ou bien proposer un compromis auprès de ses opposants, dans un contexte où plus de deux tiers des français sont contre la loi et contre un nouveau recours au 49-3 ? Sur ce dernier point, l’équation parait difficilement soluble au plan syndical entre une CFDT qui menace de se mettre en travers du gouvernement si son soutien était désavoué, FO tentée de rompre l’intersyndicale pour peu qu’elle soit entendue sur le rôle des branches, une CGC désormais clairement dans l’opposition et même l’UNSA, dont des fédérations du privé organise ce jeudi une initiative publique pour faire savoir tout le mal qu’elle pense de la loi…

Pire encore, le premier ministre qui, au sujet du Brexit, insistait sur le fait d’écouter davantage les peuples se retrouve piégé à son propre jeu avec la publication d’un appel au référendum sur la loi El Khomri porté entre autre par un certain Pierre Joxe, ancien ministre socialiste. Hollande, pendant ce temps-là, reste tapie dans l’ombre, attendant sans doute de trancher ce dilemme grandissant qu’est l’adoption de cette loi à marche forcée avec tout l’art de la synthèse qu’on lui connait.

L.D., syndicaliste

   

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