Entretenir la flamme de la grève étudiante au Québec

Depuis le Printemps Erable, grève étudiante massive en 2012 pour protester contre un projet d’augmentation des frais de scolarité, le syndicalisme étudiant québécois n’a cessé de se renouveler, pour aboutir à une nouvelle grève en 2015. La pratique syndicale s’est ancrée, en particulier dans les filières courtes des universités, tandis que les stratégies de lutte se sont diffusées au-delà des noyaux militants. La grève étudiante de 2012 et, au-delà, la culture de l’assemblée générale et de la grève, ont permis l’émergence de nouvelles générations militantes, qui apprennent de l’expérience de ces luttes. Si le modèle québécois n’est évidemment pas transposable à l’identique à la situation française, les problèmes décrits font écho à ceux que rencontrent les militant-e-s combatif-ve-s en France, notamment la division des associations étudiantes entre les « politiques » se revendiquant comme syndicats et les « apolitiques » tenant à distance toute revendication autre que corporative.

Fin mai 2012, le mouvement étudiant québécois se joignait au cortège des manifestations contre l’austérité à travers le monde. Des milliers d’étudiant-e-s et de salarié-e-s se rassemblaient pour protester contre les mesures répressives du gouvernement. 200 000 étudiant-e-s — ce qui représente à peu près la moitié des étudiant-e-s de l’enseignement supérieur de la province – étaient en grève depuis trois mois contre l’augmentation des frais d’inscription. Les assemblées générales qui organisaient la grève étaient accompagnées de performances artistiques, de manifestations nocturnes, de blocages économiques et de défilés massifs.

Pour de nombreux observateurs extérieurs, ce mouvement s’inscrivait dans la lignée des révoltes contre la crise et l’austérité (les Indigné-e-s, Occupy, les mouvements étudiants de 2011 en Grande-Bretagne et au Chili.)

En réalité, le mouvement étudiant de 2012 s’inscrit dans une longue histoire de grèves étudiantes victorieuses depuis 1968. Au printemps 2015, les étudiant-e-s québécois-e-s sont redescendus dans la rue. Des milliers de personnes se sont mises en grève pendant deux semaines. A l’apogée du mouvement, la manifestation du 2 avril a rassemblé 75 000 personnes.

Si la grève étudiante de 2012 était effectivement une réaction à une politique mondiale d’austérité, elle doit sa force, son organisation et ses tactiques à des pratiques militantes anciennes qui ont permis de fortes mobilisations.

Comment expliquer cette spécificité québécoise ? Aucune grève étudiante en Amérique du Nord n’a eu une telle ampleur. La structure des groupes militants du Québec offre un modèle précieux pour les mouvements sociaux voulant s’opposer aux attaques néolibérales au Canada et aux Etats-Unis.

L’assemblée souveraine au cœur de la démocratie étudiante

Le mouvement étudiant québécois trouve ses racines dans les associations étudiantes de la province. Comme de nombreux syndicats en Amérique du Nord et à travers le monde, l’adhésion et le paiement de cotisation sont obligatoires. Ces associations sont nées dans les années 1950, et n’ont été reconnues par la loi que tardivement, en 1982.

Les associations étudiantes varient selon le niveau et la taille des établissements. Les Collèges d’enseignement général et professionnel (CEGEP) passerelles entre le lycée et l’université ne comptent qu’une association étudiante par campus, dont le nombre d’adhérent-e-s est compris entre 2 000 et 6 000.

Dans les grosses universités, chaque filière possède sa propre association. Ainsi, chaque université compte de nombreuses associations, qui rassemblent quelques dizaines de membres pour les plus petites jusqu’à plus d’un millier pour les plus importantes. D’autres associations regroupent les différentes filières d’un département — les sciences sociales ou les arts par exemple. Leurs effectifs varient entre 1 000 et 6 000 membres.

Indépendamment de sa taille, chaque association étudiante a la même organisation interne : un comité exécutif et une assemblée générale. Chaque membre peut participer à l’assemblée générale, qui se réunit au moins une fois par an pour voter le budget et élire le comité exécutif. Dans de nombreuses associations l’assemblée générale peut désavouer les décisions du comité.

Les associations se regroupent ensuite dans la fédération provinciale de leur choix. Ces fédérations fonctionnent comme les associations : elles regroupent des délégué-e-s des associations membres, qui élisent un comité exécutif chargé de représenter la fédération.

L’Association pour une Solidarité Syndicale Etudiante (ASSÉ) a une position plus radicale que ses concurrentes. Elle défend la démocratie directe, la gratuité de l’éducation et prône la confrontation. Créée en 2001, l’ASSÉ est l’héritière d’une tradition syndicale étudiante initiée par l’Association Nationale des Etudiants et des Etudiantes du Québec (ANÉÉQ), fondée en 1974 et dissoute en 1993.

Le nombre de membres de l’ASSÉ a explosé passant de 20 000 en 2004 à 45 000 en 2011, pour atteindre aujourd’hui 80 000 (soit environ 20% de l’ensemble des étudiant-e-s).

Les autres fédérations ressemblent plus aux grands syndicats de salarié-e-s. Elles sont hiérarchiques, très centralisées, et ont des pratiques bureaucratiques. Elles défendent des valeurs de gauche, mais préfèrent le lobbyisme à la confrontation. Avant la grève étudiante de 2005, ces fédérations représentaient plus de 260 000 étudiant-e-s, ce qui en faisait aux yeux des dirigeants politiques et des médias les représentantes légitimes des étudiant-e-s. Mais leurs effectifs ont diminué pour atteindre environ 120 000 étudiants aujourd’hui, et l’une des deux fédérations est maintenant dissoute.

Néanmoins, la véritable différence entre le mouvement étudiant québécois et d’autres groupes similaires au Canada ou aux Etats-Unis, c’est la pratique de la grève. Les étudiant-e-s votent la grève en assemblée générale, en ayant conscience que cette décision provoque l’arrêt des cours. Aucun cours, aucun examen ou évaluation ne peuvent avoir lieu durant la grève. Tout le monde, étudiant-e-s comme enseignant-e-s, applique la décision prise en assemblée générale. Le calendrier académique est perturbé, les diplômes différés.

Les grèves étudiantes dans les établissements plus petits – moins de 7000 étudiants — entraînent la fermeture du campus. Mais dans les grosses universités, la grève est votée au sein des filières ou des départements, sans que la décision s’applique à l’ensemble du campus. Par exemple, si l’association des étudiant-e-s en sciences politiques vote la grève, seul le département de sciences politiques sera touché.

Les associations étudiantes appellent souvent à la grève sur des enjeux locaux, pour des actions à durée déterminée. Mais la vraie force du mouvement étudiant tient à sa capacité à déclencher une grève générale, comme en 2005 et 2012. Dans ces deux cas, la grève s’était étendue de campus en campus jusqu’à ce que le gouvernement réponde aux revendications des étudiants. Cette pratique de la grève étudiante illimitée date de 1968. Depuis, le Québec en a connu neuf.

Si les administrations universitaires et le gouvernement de la province reconnaissent l’existence des associations étudiantes, ils n’acceptent pas les grèves. Même si faire grève n’est pas illégal en soi, la plupart des tactiques pour faire respecter les piquets de grève – blocage ou agitation bruyante – sont interdits. Avant 2012, la plupart des administrations toléraient ces perturbations et n’intentaient aucune action en justice contre les étudiants.

Néanmoins, récemment, certains établissements ont sollicité l’intervention de la police pour briser les grèves et expulser les militant-e-s, dans un effort pour réduire l’efficacité de la grève étudiante. Le soutien généralisé des étudiant-e-s a rendu difficile l’application de ces décisions par la police ; en particulier parce que briser un piquet de grève ne permet pas de rétablir les cours si la plupart des étudiant-e-s refusent toujours d’y assister.

quebec2

Apprentissages de la démocratie et recours à la grève

Lors de la première grève générale étudiante de 1968, les campus étudiants québecois ressemblaient fort aux établissements universitaires d’Amérique du Nord. Deux ans plus tard aux Etats-Unis, une grève étudiante nationale paralysait 450 campus, mobilisant jusqu’à quatre millions d’étudiant-e-s. Depuis, les grèves étudiantes ont disparu des répertoires d’action des militant-e-s étudiant-e-s aux Etats-Unis. Comment expliquer qu’elles persistent au Québec ?

La réponse est assez claire : il s’agit d’un cercle vertueux de pratiques se renforçant les unes les autres, permettant aux étudiant-e-s de reproduire des tactiques radicales d’années en années. Les étudiant-e-s apprennent des luttes, se transmettent la culture de l’assemblée générale et de la grève et son en capacité de se former eux-mêmes avec très peu d’aide extérieure.

La plupart des étudiant-e-s québécois-e-s ne font pas l’expérience du syndicalisme avant leur entrée dans l’enseignement supérieur. Si le syndicat étudiant ne les sollicite pas fréquemment, les étudiant-e-s auront tendance à le considérer comme un club parmi d’autres, regroupant des étudiant-e-s ayant un centre d’intérêt commun, à l’instar du club d’échec ou du club pour l’écologie. Si le syndicat mène des campagnes autour des frais d’inscriptions, il se positionne comme une force politique, mais les étudiant-e-s le voient toujours comme un groupe d’intérêt parmi d’autres.

Ce qui donne au syndicat étudiant son sens c’est la pratique de l’assemblée générale, où la grève est débattue. Là, les nouveaux étudiant-e-s apprennent qu’en assemblée générale, ils ont le pouvoir de bloquer les cours par la grève.

Puisque tout le monde est concerné et que, plus important, tout le monde peut débattre, proposer des motions, voter pour ou contre une action ; les étudiant-e-s sont contraints de prendre position.

De plus, étant donné que les campagnes, les revendications et autres actions débattues en assemblée générale peuvent conduire à la grève, l’activité politique et syndicale prend tout son sens. Les étudiant-e-s sont plus enclins à participer au processus de décision.

La traditionnelle grève d’une journée devient alors bien plus qu’une simple façon d’instaurer un rapport de force contre avec le gouvernement. Chaque mouvement est une expérience d’initiation aux règles et aux techniques de la grève pour les jeunes étudiants, assurant la pérennité des grèves.

La grève étudiante n’a aucune légitimité aux yeux de l’Etat et de la société. Cette pratique persiste uniquement grâce aux structures du syndicalisme étudiant.

De plus, sans assemblée générale, la grève ne pourrait pas emporter l’adhésion des étudiant-e-s. Pour appliquer une décision de grève sans vote démocratique, il faudrait que la seule force du blocage (hard picketting) suffise. Or, le noyau militant est en général trop réduit pour bloquer totalement l’université, surtout si des étudiant-e-s essaient d’entrer en masse. En prenant la décision de suspendre les cours en assemblée générale, le syndicat créé un espace où convaincre les étudiant-e-s.

L’assemblée générale et la grève ne s’organisent pas d’eux-mêmes. Le noyau militant doit convaincre de voter la grève en assemblée générale, puis trouver un moyen de faire respecter le mandat de grève.

Ce noyau militant est souvent plus au courant des débats en cours et pourrait décider d’appeler à la grève avant la tenue d’un débat démocratique large. Mais aucun des membres de ce noyau n’entre dans l’enseignement supérieur déjà armé de l’expérience de grèves et d’assemblées générales.

De plus, à cause du turnover des étudiant-e-s, ce noyau militant doit se renouveler fréquemment – le cursus universitaire normal est de deux à trois ans dans les CEGEPs. A une échelle de masse, la répétition fréquente du duo assemblées générales-grèves entraîne un processus de formation large des étudiant-e-s, qui permet au syndicat de se maintenir et de recruter de nouveaux membres.

tdl-schema-quebec

Ce schéma montre les trois éléments autour desquels les associations étudiantes québécoises sont, la plupart du temps, organisées : l’assemblée générale, la grève et le noyau militant. Il montre à quel point ces éléments sont interdépendants. Si l’un d’entre eux s’affaiblit ou disparaît, les autres sont mis en péril.

Par exemple, au cours des longues périodes d’apathie sociale, le noyau militant tend à perdre sa capacité d’organisation. Il devient alors plus difficile de recruter de nouveaux membres. Les étudiant-e-s ne fréquentent plus les assemblées générales et l’association étudiante s’éloigne du travail syndical et perd son sens politique.

Plus le noyau est affaibli, plus il devient difficile de relancer la dynamique. L’association étudiante se tourne alors vers des activités sociales, l’organisation de soirées ou le financement de clubs étudiants.

Le Québec est la seule province où des assemblées générales se tiennent fréquemment sur les campus. Ailleurs, il est impossible de planifier et de voter la grève. En 2014, des militant-e-s de l’Université d’Ottawa et de l’Université de Colombie-Britannique ont tenté d’instaurer des assemblées générales pour appeler à la grève. Ces deux tentatives ont échoué car les militants ont voulu d’emblée étendre ces pratiques à l’ensemble des universités.

Au Québec, les plus grandes associations comptent environ 8 000 membres. Il est quasiment impossible de mobiliser un campus de 45 000 étudiant-e-s d’un coup : le taux de participation aux assemblées générales ne serait jamais assez élevé pour légitimer la grève.

Solidarité inter-universités et réseaux de militants comme moteur de la généralisation de la grève

 Le schéma plus haut est un diagramme simplifié présentant la façon dont les trois éléments (assemblées générales, grèves et réseaux militants) interagissent. On constate que les associations étudiantes ont souvent permis de consolider les pratiques du syndicalisme étudiant combatif.

Les associations étudiantes prévoient souvent dans leurs statuts une stratégie pour relancer le cycle d’interactions entre ces trois éléments quand celui-ci s’interrompt. D’autre part, les cotisations prélevées automatiquement permettent aux associations d’embaucher des salarié-e-s. Souvent, ceux-ci sont d’ancien-ne-s syndicalistes étudiant-e-s, ce qui veut dire qu’ils peuvent transmettre le savoir-faire de l’organisation des grèves, même après de longs passages à vide. Bien entendu, ce n’est jamais aussi efficace que l’expérience de la grève elle-même, mais le/la salarié-e joue malgré tout un rôle de pivot, s’assurant que le mouvement ne s’éteigne jamais.

La solidarité inter-universitaire permet aussi de maintenir l’activité militante. C’est un aspect crucial, car peu d’associations étudiantes de la province sont en mesure de faire vivre un mouvement sur une longue période. Lorsque les militants d’établissements en grève vont mobiliser sur d’autres campus, ils peuvent faire revivre des associations qui ont connu une longue période d’inactivité.

Cette solidarité se manifeste en particulier pendant la préparation des grèves générales illimitées. La plupart des associations étudiantes mobilisées aident d’autres associations à organiser leurs assemblées générales, à voter la grève, et ainsi à recruter et à former les étudiants.

Les fédérations étudiantes combatives se sont historiquement structurées autour de cette solidarité. Par exemple l’ASSÉ coordonne souvent des actions pour relancer ou pour dynamiser l’activité dans des établissements inactifs.

De plus, dès le début de la grève illimitée, la mobilisation à l’échelle de la province créé les conditions favorables à la mobilisation des étudiant-e-s de gauche sur les campus non-mobilisés. Et puisqu’il y a une grève générale illimitée tous les cinq ans environ, il ne se passe jamais trop de temps entre ces intenses moments de solidarité inter-universités.

Le succès historique de la grève générale contribue également à maintenir sa réputation de tactique efficace : dans l’histoire du mouvement étudiant québécois, huit des neufs grèves générales étudiantes ont été au moins partiellement victorieuses.

Enfin, lorsque les étudiant-e-s des CEGEP vont à l’université, ils fournissent un nouveau contingent de militants aux associations étudiantes. Dans les faits, la formation ne se fait pas toujours en assemblée ou par la grève au sein de l’université puisqu’un nombre considérable d’étudiant-e-s sortant des CEGEP arrive chaque année à l’université en étant déjà passé par ce processus de formation.

Par conséquent, le noyau militant n’a pas nécessairement besoin de lutter pour se reproduire dans les universités. Le cycle assemblée générale-grève-renforcement du noyau militant y a lieu en permanence : de nouveaux/nouvelles militant-e-s sont formés régulièrement. Certaines associations étudiantes se reposent quasi-exclusivement sur l’arrivée d’étudiant-e-s des CEGEP. La solidarité inter-universités peut alors fonctionner dans l’autre sens, les militant-e-s des universités allant aider à structurer les CEGEP.

quebec

Un renouveau des équipes syndicales de lutte

Le travail militant qui entretient les pratiques de lutte est rendu plus difficile par la branche lobbyiste du mouvement étudiant, surtout présente dans les autres fédérations, la Fédération Etudiante Collégiale du Québec (FECQ) et l’Union Etudiante du Québec (UEQ).

A la différence des militant-e-s de terrain, les lobbyistes étudiant-e-s cherchent surtout à construire des relations de confiance avec des personnes de pouvoir au sein des partis politiques, en utilisant le dialogue pour obtenir des concessions de la part du gouvernement. Les mobilisations de masse sont vues comme le dernier recours et les fédérations organisent rarement des grèves d’une journée.

Par conséquent, leurs activités ne permettent pas de créer les mobilisations de masse, indispensables pour perpétuer la culture de l’assemblée générale et de la grève. Le lobbyisme contribue également à reproduire les problèmes rencontrés actuellement par les syndicats de salarié-e-s [en Amérique du Nord N.D.T.] : sans militantisme de terrain, la participation de la base diminue. La direction syndicale perçoit alors ses membres comme apolitiques, désintéressé-e-s, désinvesti-e-s, et juge systématiquement qu’ils ne sont « pas encore prêt-e-s » pour une mobilisation de grande ampleur.

Ce type de syndicalisme lobbyiste domine au Canada et aux Etats-Unis, à la fois dans les mouvements de salarié-e-s et d’étudiant-e-s.

Ainsi, à l’inverse d’un noyau militant dynamique qui diffuserait la culture de mobilisation, ces associations étudiantes apathiques renforcent l’aliénation de leurs membres vis-à-vis des directions syndicales. Faute de mobilisations régulières, la culture de la mobilisation décline et les structures démocratiques deviennent inactives. Les nouvelles générations de militant-e-s prennent des postes de direction en pensant d’ores et déjà qu’il n’y aura pas de mobilisation et que les membres du syndicat ne souhaitent pas prendre part aux décisions.

Néanmoins, il n’est pas impossible de lutter contre ces fédérations lobbyistes. Elles ont dominé le mouvement étudiant québécois dans les années 1990, lorsqu’elles comptaient pour membres la plupart des associations étudiantes. Il a fallu quinze années de luttes et deux tentatives pour proposer une vision alternative, mais les étudiant-e-s québécois ont finalement déstabilisé ces fédérations en profondeur.

Le contexte historique et social plus large est également une clé pour comprendre le succès du mouvement étudiant au Québec, profondément marqué par la combativité des syndicats de salarié-e-s dans les années 1960 et 1970.

A bien des égards, le renouveau des associations étudiantes dans les années 1970 – qui ont vu la création de la fédération ANÉÉQ à l’échelle de la province – est né d’une tentative de reproduire les structures syndicales des salarié-e-s. Dans les années 1970 et 1980, le mouvement nationaliste et la forte présence de groupes marxistes-léninistes ont également influencé les associations étudiantes.

Après le tournant néolibéral des années 1980, le développement des stratégies lobbyistes dans les syndicats de salarié-e-s et la supposée « fin de l’histoire », le syndicalisme combatif a perdu l’essentiel de son influence sur le mouvement étudiant. L’ANÉÉQ a été dissout en 1993 et les fédérations lobbyistes ont pris l’ascendant.

La période entre 1994 et 2012 fut une période de reconstruction. Les militant-e-s ont travaillé lentement à rebâtir la gauche étudiante, influencés par des idées anarchistes encourageant la démocratie et l’action directe. L’ASSÉ a aussi été profondément affectée par le mouvement altermondialiste du début des années 2000, et par la résistance mondiale à l’austérité depuis la crise économique de 2007.

Mais ces changements sociaux, politiques et historiques au Québec n’auraient aucune importance sans ces militant-e-s qui ont construit et perpétué la culture de l’assemblée générale et de la grève. Alors que l’impact de crise continue à se faire sentir, le moment est venu pour les syndicats étudiants au Canada et aux Etats-Unis de s’inspirer du modèle québécois et de se réapproprier leurs universités.

Alain Savard

traduit par Pavel Desmet et Claire-Lucie Polès

Article paru initialement dans la revue Jacobin

   

Commentaires fermés

Répression syndicale

 

Ces lobbys qui nous pourrissent la vie !

 

Essais

 

Luttes des classes en Europe